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La séance du père Sheppard – The Hill

Youpi, c’est les vacances. Les bureaux de nowatch se vident et se remplissent au rythme du ballet annuel des juilletistes et des aoûtiens.
Linda est aoûtienne… Ce n’est donc pas sans une certaine tristesse que j’ai rejoins mon bureau uniquement pour y trouver petite note laissée par ma dévouée assistante : « Monsieur Sheppard, n’oubliez pas votre séance ».
Ma séance de quoi ? Mm, il faudra que je fasse la lumière sur cette étrange affaire lorsque Linda sera revenu de la plage. Linda… La plage… Soupir… Tall and tan and young and lovely, The Girl From Ipanema goes walking… didaaa didadidadidadidada…

Donc, c’est les vacances et puisque, j’ai décidé de vous parler d’un film où il fait chaud. Un film où il fait chaud avec des mecs qui suent dans une prison.
J’en profite aussi pour rendre un hommage, tardif certes mais voilà, à l’un des plus grands réalisateurs de tous les temps

1965, Sidney Lumet, avec Sean Connery, Harry Andrews, Ian Bannen et Michael Redgrave.

The Pitch : Pendant la seconde guerre mondiale, dans un camp disciplinaire de l’armée britannique stationnée en Libye, le sergent Williams, chargé de la “rééducation” des militaires, traite ceux-ci en véritable bourreau.

The Hill, en plus d’être un excellent film, est un film important dans la carrière de son réalisateur. Lorsque Lumet s’envole pour l’Angleterre, il est sans nul doute le réalisateur le plus prometteur de sa génération. Avec au moins 3 chefs d’œuvres (12 Angry Men, The Fugitive Kind et Fail Safe), Lumet a posé les bases d’un nouveau cinéma né de l’Actor’s Studio, sur lesquelles viendront se greffer nombres de ses contemporains tels qu’Arthur Penn ou Sydney Pollack.
Connaissant les thèmes de prédilection du réalisateur, on ne peut que comprendre sa motivation à vouloir transposer au cinéma la pièce de Ray Rigby. Grâce à The Hill, Lumet va pouvoir démonter deux piliers de la connerie humaine, d’un côté l’armée et de l’autre la prison. Mais n’étant pas homme à faire une chose à la fois, il en profite aussi pour expérimenter quelques nouveaux trucs.
Jusqu’ici, les films  de Lumet se passaient dans des espaces restreints, que cela soit la chambre des délibérés de 12 Angry Men, ou bien le magasin délabré de Lady Torrance dans The Fugitive Kind, les bureaux enfumés de Fale Safe, chaque décor était clairement limité par des murs.
Bizarrement, c’est en prison qu’il choisit de libérer son espace. Preuve en est, cet incroyable mouvement au-dessus du camp qui ouvre le film. Plutôt que de confiner le spectateur en prison, il choisit la liberté de mouvement. Travelling, contre champ wellesien, mouvement de grue, Lumet abandonne la « sagesse » télévisuel pour donner du mouvement à ses plans, en les inclinant de manière improbable, en poussant les murs. Il donne au spectateur les moyens de non seulement ressentir, mais aussi de participer à la révolte des prisonniers.
Je ne rentrerais pas dans les détails de chaque scène, car il y a beaucoup à dire, mais Lumet fait preuve d’une incroyable modernité dans le traitement de son sujet, une modernité qui résonne comme une sorte de prélude à Full Metal Jacket de Stanley Kubrick. Jamais Lumet n’avait été aussi violent, aussi sombre et aussi dur que dans The Hill et d’une certaine manière, cette colère préfigure celle que l’on retrouvera par la suite dans Un après-midi de chien ou Network.

Si Lumet ouvre une nouvelle période de sa vie, on peut sans peine dire que la véritable carrière d’acteur de Sean Connery commence avec The Hill. En 1965, Connery n’est connu que pour avoir incarné, avec brio, le célèbre agent secret de sa majesté. Il a déjà tourné trois films et s’apprête à en faire un quatrième. Malgré deux tentatives d’aller voir ailleurs, dont une avec Hitchcock, le monde semble lui refuser le droit d’interpréter autre chose que James Bond. Connery se voit condamné à incarner le séducteur viril jusqu’à son dernier souffle.
Il arrive parfois qu’un acteur croise un rôle aux antipodes de ce qu’il a pu faire jusqu’à maintenant, et qu’il profite de ce rôle pour tout changer. En incarnant Joe Roberts, Sean Connery change tout. Il jette totalement la panoplie Bond pour créer un nouveau type de personnage. Il se laisse pousser la moustache, se coupe les cheveux et reprend son accent écossais. Pour la première fois, le véritable visage de Sean Connery, pourtant aujourd’hui si connu, apparaît à l’écran. Cette transformation lui permet de laisser libre cours à tout son talent d’acteur. Pour la première fois, on voit un Sean Connery libre de toute contrainte, libre de pouvoir s’exprimer comme il l’entend, libre de pouvoir jouer son rôle à sa manière. Comme Lumet, Sean Connery profite de la prison pour se libérer et la métamorphose est totale.

Si The Hill ne rencontra pas le succès qu’il méritait au box-office, il permis néanmoins à Sean Connery de montrer un nouveau visage et c’est ce nouveau visage qui finalement allait prendre le dessus pour les années avenir.
Sidney Lumet et Sean Connery tournèrent pas moins de 5 films ensemble, dont le très dérangeant The Offence. Cette collaboration allait devenir la plus fidèle et la plus régulière de toutes leurs carrières.

Cette séance fut écrite avec l’aide de Colin Valon, Patrice Moret et Samuel Roher et leur album Rruga (ECM, 2011).

“Don’t talk back, you different-coloured bastard!”
The Hill, Sidney Lumet, 1965

 

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3 Commentaires

  1. Taranbrick dit :

    Belle scéance, notamment de part son style littéraire qui la rend légère et facile à lire.
    Ta plume, Sheppard, mèle avec brio humour et passion du cinéma, et aujourd’hui de The Hill.
    J’ai vu ce film à la télé il y a deux ou trois ans et ce film en noir et blanc est l’un des premiers qui m’ait donné envie de m’intéresser au 7ème art.
    Tu insistes beaucoup sur Sean Connery et ce rôle aux antipodes de ses productions de l’époque, mais pas assez sur Harry Andrews qui joue un sergent complètement tarré et sadique.

  2. sheppard dit :

    C’est vrai que je n’ai pas parlé des seconds rôles, car j’ai accés cette séance sur la transformation et le début de la collaboration Lumet/Connery.
    Mais comme tu le soulignes tous les autres font un boulot absolument remarquable et notemment Harry Andrews.

    Merci pour les compliments.

  3. sun dit :

    super j’aime ton écriture

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