Un (petit) bond en avant (critique de La Planète des singe : les origines, de Rupert Wyatt, en salles le 10 août)
Une fois n’est pas coutume : précédé d’un buzz médiocre, le reboot de la franchise empapaoutée par Tim Burton en 2001 se voit finalement accueilli par un concert de louanges. A l’arrivée, un film des plus honorables mais pas de quoi non plus crier au génie.
Aussi étonnamment que ses bandes-annonce avaient suscité un rejet brutal (qu’avaient-elles de si horrible ? Mystère…), le film du quasi inconnu Rupert Wyatt reçoit des qualificatifs surréalistes d’excès alors qu’il délivre rigoureusement le programme suggéré par ces trailers. A savoir, le patient récit d’un enchaînement d’événements qui vont conduire notre monde au bord du gouffre et consacrer l’avènement des singes sur les hommes. A l’actif de cette nouvelle tentative de réanimation simiesque, il est incontestable que scénaristes et réalisateur ont livré un blockbuster doué de neurones et d’un cœur. James Franco se montre particulièrement convaincant dans la peau du scientifique Will Rodman, acharné à trouver un remède contre la maladie d’Alzheimer et commettant les pires erreurs avec les meilleurs intentions. Ses recherches, motivées aussi par le mal de son propre père (John Lithgow), l’amèneront à mettre au point une molécule miracle (l’ALZ 112), capable de décupler les capacités du cerveau. Testé sur une guenon en captivité par la société Gene Sys, le virus sera le point de départ de la chute de l’Humanité.
Tout au long des 105 minutes, pas un seul instant avons nous la sensation d’un spectacle crétin mais au contraire d’un récit plutot adulte et humain. Plus qu’un film d’action bourrin, un drame prenant le temps de bâtir un crescendo autour de l’éveil puis de la révolte de César le chimpanzé, fils de la guenon cobaye abattue, primate sur-intelligent recueilli en douce par Will et passant ses premières années dans le grenier de ce dernier. D’où conflit d’identité ! Autre bon point : un clin d’oeil bien vu (et assez jubilatoire) au tout premier volet de la saga, le chef-d’oeuvre de Schaffner, qui permet de surcroit d’établir une continuité temporelle avec les événements du classique de 1968. Chapeau ! En pleine régression mongoloïde ambiante du blockbuster hollywoodien, l’impression de ne pas être pris pour des bouffeurs de popcorn est plutôt rafraichissante, surtout de la part du studio Fox (Wolverine, X-Men 3, Die Hard 4, Les Quatre Fantastiques, toussa…). Pour autant, faut-il crier au choc épique (aux pépites de chocolat… ha non pas là) ? Je dis non !
Ce serait fermer les yeux sur la pauvreté du film concernant tous les personnages secondaires : du patron de labo veule et cupide (David Oyelowo) à la girlfriend veto mollement alarmiste (Freida Pinto, plus potiche tu meurs), en passant par John Lithgow dans son 3412e rôle de déficient mental… poncif, quand tu nous tiens ! Globalement, la narration ne surprend jamais : il se passe exactement ce que le spectateur anticipe, donc peu de tension ou d’implication viscérale dans le récit. Même, hélas, le soulèvement des singes, abondamment montré dans les bandes annonce et promettant du frisson de fin du monde, fait plutôt pschitt, à l’image du soi disant climax sur le Golden Gate bridge. Malgré ses bonnes intentions et son absence de faute de goût majeure, LPDS : LO reste à l’arrivée un honorable suspense sans aspérité, presque tout public, délivrant sa petite tape qui ne mange pas de pain sur les dérapages de la génétique. On est très, très loin de la radicalité de la Conquête de la planète des singes qui, en 1972, se montrait autrement plus violent et osait sans complexe une parabole décapante sur le racisme avec une allusion à peine voilée aux émeutes de Watts dans les sixties. Satisfaction tout de même : un épilogue qui pose les bases, d’une suite qui, si elle a lieu, risque bien de tout déchirer en terme d’apocalypse, espérons le.
Quant aux singes en CGI et la performance de Serkis en mo-cap ? Oui bien sur, exploit technique (et surtout expressivité de César) époustouflants. Mais votre serviteur n’en démord pas : tout expressifs qu’ils soient, ces singes virtuels sont encore loin du zéro défaut en matière de photoréalisme. A chaque plan, impossible ne pas apercevoir ces petits détails de texture qui font toute la différence à l’écran entre une créature de chair et de sang et une création en images de synthèses. Conclusion ? LPDS : LO s’avère une incontestable bonne surprise eut égard à ce qu’on en craignait. Mais est ce parce que le client s’est fait servir un honnête petit salé lentilles plutôt que le McDo gras redouté qu’il doit forcément crier à la grande cuisine ? Je dis non !
John Plissken
La Planète des singes : les origines (Rise of the planet of the apes), de Rupert Wyatt. Sortie nationale le 10 août.
MOTS CLÉS: james franco, la planète des singes les origines

16 Commentaires
Merci pour cette critique, John Plissken.
J’en demande beaucoup, je sais, mais ce serait génial si parfois on pouvait aller au-delà du format classique, comme ici, et aller plus en détails sur ce qui va et ce qui ne va pas.
Au final, je suis content d’avoir un avis de plus, mais j’ai l’impression d’avoir déjà lu cette critique 100 fois.
Ah enfin un ptit truc consistent a se mettre sous la dent en cette période de disette hollywoodienne cinématographique.
Déjà ,il y a une histoire, un vrai scénario (original ?), ce qui me fera sortir de chez moi pour aller au ciné.
La première bande annonce m’avait refroidi, les cgi étaient trop visibles pour être crédibles. Puis vient la deuxième bande annonce, celle qui raconte tout le reste. Depuis je suis rassuré… enfin je crois. Je conserve toujours un petit doute.
@Trohzen disette Hollywoodienne ? Je ne dis pas que nous aurons droit à un flot de chef d’oeuvre cet été mais au mois d’aout il y a déjà de quoi se mettre à l’ombre. Entre une planète avec des singes, un bouclier, une caméra, une bague verte, des cowboys et des aliens. Il y’a de quoi s’occuper les mirettes (et liquéfier son cerveau)
Et moi, je n’en démords pas : plus on vieillit, plus on devient difficiles. Que je sache, on s’en battait l’oeil de savoir si Gerty, la frangine d’Elliott dans E.T. était oui ou non bien développée. On prenait le film pour ce qu’il était un bon divertissement.
A trop chercher la perfection, on devient quasi-impossibles à satisfaire et je trouve çà dommage perso. Non que je prétends que LPDS : LO est un chef d’oeuvre. Je ne l’ai pas vu mais bon… J’ai l’impression de lire ce genre de critiques un peu trop souvent. Je me ferai donc évidemment mon propre avis
assez d’accord, et malheureusement ou heureusement, je le remarque chez moi aussi depuis 2 ou 3 ans, je deviens bien lus exigeant avec les films.
La planète des Singes je sais que j’irais le voir, il a l’air sérieux au moins ce qui est parfois rare dans les blockbusters.
Je ne sais pas si on devient plus exigeant, je trouve surtout qu’on n’apprécie pas les mêmes films, et c’est bien normal.
Montrez SW – Épisode I à un enfant de 10 ans, il n’aura pas la même réaction qu’un mec de 40 ans. Ce n’est pas forcément un critère pour savoir si le film est bon ou pas, c’est juste que le public est très différent.
Vous regardez combien de films par an ? Beaucoup, j’imagine. Pas étonnant que la plupart nous semblent moyens.
Disette en terme de Qualité, car :
-la bague Verte, hum hum
- transformers 3 : a quand Recyclers 1 ?
-la caméra, assez controversée, et personnellement je ne pense pas que j’irais le voir a cause du dernier 1/4h
- des cowboys et aliens, ca sent quand meme le Wild wild west à plein nez
- Conan , vivement la crit de John, je sens que ca va etre jouissif ^^
- le bouclier , je suis neutre avec une grosse envie de ne pas etre déçu.
Ce qui me dérange dans cet énième reboot, malgré toutes ses apparentes qualités, c’est qu’il spoil tout de même l’une des plus grandes fins de l’histoire du cinéma.
Pourquoi pas nous faire une préquel de Citizen Kane, pendant qu’on y est ?
Merci Plissken pour cette critique qui m’a permis de choper hier soir l’avant première de ce bon film (oui c’est un bon film) qui va droit au but tout en gardant un rythme assez soutenu.
Nous sommes d’accord : c’est un bon film
Ok, c’est un bon film mais pas de quoi s’émerveiller non plus. Les CGI sont encore très perfectibles et les différents protagonistes, plutôt lisses.
Super 8 est supérieur
Ok, j’ai pas encore vu le film, mais j’ai comme une envie de faire mon relou, alors me voilà en mode super-relou-dit-des-trucs-dont-tout-le-monde-se-fout-alors-il-ferait-mieux-de-se-taire-mais-il-aime-s’entendre-parler (vous connaissez certainement ce mode, certains d’entre vous le pratiquent aussi j’en suis convaincu).
TOUT ca pour dire : Le respect de la franchise originale des années 70 est entaché par le fait que, dans la suite du films de 68 (oui, je compte les suites, parfois – souvent? – médiocres..), on s’aperçoit (SPOILER SUR “L’ORIGINAL”!) à la fin que César est le fils des deux singes qui ont voyagé dans le passé pour éviter la destruction de la terre.
D’ailleurs, cet épisode, hormis le fait que je le trouve inexplicablement jouissif, nous offrait un magnifique condensé d’incohérences temporelles et de non sens (un retour dans le temps ? O RLY ?).
Tout ça pour dire, que pour une fidélité au millimètre près on repassera. Mais comme je l’ai énoncé au début de ce post, je dis des trucs dont vous vous foutez, vous étiez prévenu, vous pouvez pas me blâmer pour avoir perdu du temps à me lire
Bon appétit si vous lisez ça en mangeant, sinon… sinon rien.
Je l’ai vu hier soir, ça vaut le coup, même s’il y a des imperfections… je suis d’accord avec ta critique. J’en retiens une bonne chose, “Les origines” m’a surtout donné envie de me replonger dans l’original
Hier, La Planète des singes les origines = Très bonne surprise.Je n’en attendais pas grand chose, et je confirme finalement les critiques plutôt positives qui sortent ces derniers jours. Ce n’est pas le film du siècle loin de là, il n’y a rien de révolutionnaire, mais c’est juste un très bon blockbuster, avec le singe Cesar magnifiquement retranscrit et interprété.Il y’a quelques passages très forts dans ce film ( notamment le “NOOOOOOONNNNNNN” pour ceux qui verront le film… ). Bref très content de ce film.
C’est moins marrant si au final tout le monde a le même avis…
Après avoir vu Green Lantern, ce reboot de la planète des singes semble avoir les meilleurs effets spéciaux de la création. Le film est sympa mais très long à démarrer, le côté sentimental de la première heure m’a un peu fatigué. Il n’en reste pas moins qu’il est bon tout de même. Quant à la sequel, à mon avis elle se passera 15 ans plus tard et on n’aura pas droit à l’apocalypse espérée…mais à des humains tentant de se rebeller…